Nos films ont été tournés dans le 20ème arrondissement de Paris, et c’est sur la partie est de cet arrondissement que nous avons pointé nos caméras. Depuis 2002, ce secteur est l’objet de nombreux travaux qui ont un impact sur le paysage urbain et sur la vie des habitants.

De part sa position géographique, l’Est du 20ème arrondissement est au cœur des enjeux du Grand Paris. Les réaménagements qui le touche s’inscrivent, de manière plus vaste, dans une volonté de réorganisation des échanges entre la ville « intra-muros » et sa banlieue.

Les boulevards des maréchaux en travaux avant le tramway T3. Photo Isabelle Gaulon

Les travaux du tramway sur les Boulevards des maréchaux à Paris en 2011, © photo Isabelle Gaulon / Zone Vive

Notre «périmètre de tournage» se subdivise en 3 secteurs dont nos films reflètent les caractéristiques, l’atmosphère et les difficultés particulières : Les Portes, le quartier Saint-Blaise et le marché aux puces.

 

 

Le secteur des Portes : de la Porte des Lilas à la Porte de Montreuil

Avant la ligne de frontière tracée le périphérique, le boulevard des Maréchaux dessine une ceinture au delà laquelle on ne se sent plus exactement dans Paris, mais pas non plus dans un quartier de banlieue. C’est un entre-deux, un sas. L’espace y est organisé d’une manière systématique et répétitive, en deux bandes longitudinales. La première est composée des anciens HBM (habitations bon marchés) devenus HLM : un long ruban d’immeubles de brique rouge ou jaunes, bâtis entre les années 1920 et 1930, le long du bd des Maréchaux en lieu et place de l’ancienne enceinte de Thiers. La deuxième bande, « ceinture verte » de la capitale, est formée d’une succession d’équipements sportifs (stades) et de jardins. Il y a dans l’ensemble très peu de commerces dans ce secteur, estimé comme l’un des plus défavorisés de la capitale. En plus des anciens HBM, plusieurs cités dortoirs y sont construites entre les années 1950 et 1990, comme la cité Joseph Python, en bordure du périphérique.

 

Ce qui a changé depuis 2008

Outre le passage du Tramway T3, mis en circulation en janvier 2013, l’un des réaménagements les plus marquants est la couverture du périphérique à la porte des Lilas : sur la dalle nouvellement créée ont poussé un jardin (jardin Serge Gainsbourg) et un espace dédié aux arts du cirque (la dalle aux Chapiteaux). Juste en face, sur l’autre rive du périphérique, le cinéma Etoile Lilas, avec ses 7 salles, a ouvert en octobre 2012.

 

Le secteur des portes dans nos films :

Steco, Sekou le magicien, La Tounga des Lilas, Northern, Les Saisons de Python, Les Impassionnels, les Boulistes, Oasis Boulevard, le Tourbillon de la vie, Le chantier des fleurs, Phases, 3 rue Dulaure, Rencontres à Davout, Tata côté cour, côté jardin, L’Oiseau fait son nid, Bab des Lilas, L’Avicennes du XXème

 

Le quartier Saint-Blaise

Cet ancien quartier maraichers et ouvrier n’en est pas à son premier réaménagement. Il a été profondément chamboulé dans les années 1970 par un vaste et long chantier (Zac Saint-Blaise) : les maisons faubouriennes et les ateliers ont été rasés, laissant place à d’imposantes de tours de béton C’est de cette époque que date le square des Cardeurs, grande dalle à deux niveaux, ceinte par des tours : en retrait de la rue Saint-Blaise, le square des Cardeurs est un de ces îlots d’habitions replié sur lui-même, fonctionnant comme un micro-quartier, que le plan de réaménagement en cours ambitionne de désenclaver.

 

Ce qui a changé depuis 2008 

parmi les travaux récemment opérés dans ce secteur, le plus apparent est la percée d’une nouvelle voie reliant le haut de la rue Saint-Blaise au Boulevard Davout.

 

Le quartier Saint-Blaise dans nos films

L’Avicenne du XXème, Phases, L’oiseau fait son nid, De bois et de chiffons, Rue du Clos, Mariamma.

 

Le marché aux puces de Montreuil

Les puces sont-elles parisiennes ou montreuilloises ? Les 400 commerçants du marché sont installés sur un terrain dont la ville de Paris est propriétaire, mais qui se situe côté Montreuil, sur une partie du rond-point de la porte de Montreuil et le long du périphérique. L’avenir de ce vaste bazar à ciel ouvert demeure mystérieux. On évoque la possibilité de déplacer le marché sur un pont au-dessus du périphérique, de le coiffer d’une halle de verre… La ville a lancé plusieurs appel à projets, dont aucun ne semble avoir emporté l’adhésion des nombreux interlocuteurs concernés : le concessionnaire du marché, les commerçants, les riverains, la Ville de Paris.

Le marché aux puces de Montreuil, Photo Isabelle Gaulon Paris 20

Le marché des Puces de la Porte de Montreuil en 2010 © photo Isabelle Gaulon / Zone Vive

 

Le marché aux puces dans nos films

La Révolte des puces, Northern, Tout doit disparaître, Steco.

 

A ces trois secteurs, il faut ajouter un quatrième espace, disparu de la carte, invisible à l’écran, mais qui constitue un arrière plan récurrent dans nos films : la Zone, territoire englouti par la construction du périphérique, dont nombreux habitants du XXème arrondissement gardent en mémoire des images fortes.

La Zone

La Zone tenait son nom du terrain sur laquelle elle avait poussé, de manière anarchique au milieu du XIXème siècle. Au delà de l’enceinte de Thiers, construite en 1841 le long du boulevard militaire (l’actuel boulevard des Maréchaux), pour protéger Paris des attaques prussiennes, s’étendait les 250 mètres de « la zone non aedificandi », où toute construction était théoriquement interdite. Il y fleurissait en fait un habitat précaire, abritant une population pauvre, marginalisée, stigmatisé par « l’honnête » citoyen parisien : « La zone a ses habitants et ses cabarets, généralement mal fréquentés : ce n’est pas la moindre de ces inconvénients. La population de ces parages est composée surtout de chiffonniers, vagabonds, gens sans aveu de l’un et l’autre sexe vivant dans la plus grande promiscuité, logeant dans des baraques ou même dans des voitures ambulantes ou des wagons hors d’usage, sans aucun souci d’hygiène (…) Les délits de tous genres, vols, attaques à main armée, sont dans cette région plus nombreux que partout ailleurs ; la surveillance de la police et la recherche des malfaiteurs y sont particulièrement difficiles. » notait, en 1908, le chroniqueur J. Flourens. Entre 1953 et 1973, les zoniers migrent dans un mouvement circulaire, tout autour de Paris, au rythme de la construction du périphérique qui finit par engloutir entièrement la Zone. Beaucoup de vieux habitants des HBM, ayant grandi pendant la guerre et dans les années 50, gardent le souvenir de cet espace à l’urbanisation incertaine, entre campagne et bidonville, qui fut pour eux un terrain de jeu et d’aventure, échappant aux lois de la capitale. Au-delà de leurs souvenirs particuliers, l’empreinte de ce territoire est suffisamment forte pour avoir laissé dans le langage courant des expressions familières : « c’est la zone », « un zonard ».

Photo d'archive des fortifications de la ville de Paris © Collection particulière

Les fortifications : passage au niveau de la porte de Montreuil / Collection particulière

La zone dans nos films

L’Avicennes du XXème, Tata côté court, côté jardin, Les Boulistes, Les Saisons de Python, La Révolte des puces, Steco.

 

Exposition sur la Zone de Paris : projet  en cours

Nous préparons une exposition sur la Zone avec des images d’archives, des témoignages audiovisuels et des films. Cette exposition sera itinérante et circulera sur le territoire de la Zone entre les Porte de Vincennes et des Lilas, sur Paris et la proche banlieue à partir du troisième trimestre de 2019…. A suivre !

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